L’intelligence artificielle s’installe progressivement dans les habitudes des étudiants. Recherche d’informations, rédaction de travaux, apprentissage ou accès aux sources académiques, les outils d’IA sont désormais utilisés dans plusieurs activités universitaires. Cette réalité prend une nouvelle dimension avec l’annonce de Google d’offrir, pendant un an, un accès gratuit à son offre d’intelligence artificielle aux étudiants de l’enseignement supérieur dans 27 pays africains.
L’offre Google AI Plus, annoncée le 25 août 2026, permet notamment aux étudiants éligibles d’accéder à plusieurs outils d’intelligence artificielle avec des capacités renforcées et un espace de stockage supplémentaire. La République démocratique du Congo ne figure toutefois pas parmi les 27 pays concernés.
Au-delà de cette offre, les étudiants congolais utilisent déjà d’autres applications d’IA, à l’instar de ChatGPT.
Cette évolution est perçue, d’un côté, comme un avantage dans le nouveau système d’enseignement en RDC. Pour l’ingénieur Julien Kabuyahia Musavuli, informaticien de gestion, technopédagogue, formateur et chercheur congolais, l’IA peut devenir un véritable outil d’accompagnement de l’étudiant, notamment dans le contexte du système LMD qui encourage davantage son autonomie.
« On considère que l’étudiant peut aussi participer à sa propre formation. Alors, pour qu’il y parvienne, il faut qu’on puisse l’outiller en termes de nouvelles technologies de l’information et de la communication », explique-t-il.
Selon lui, l’intelligence artificielle peut notamment faciliter l’accès aux ressources documentaires. Un avantage important dans les milieux où les bibliothèques et les sources académiques restent limitées.
« L’intelligence artificielle a un avantage. Pourquoi ? Parce qu’elle permet aux étudiants d’accéder aux sources. Les bibliothèques, nous n’en avons pas », souligne le spécialiste, qui affirme que l’outil peut également soutenir l’apprentissage autonome.
Dans un entretien avec LeBastion.cd, l’ingénieur démontre que l’étudiant peut s’en servir pour approfondir une matière, rechercher des informations ou préparer un travail avant de solliciter l’accompagnement de l’enseignant. Le rôle de ce dernier évolue alors vers celui d’un facilitateur, chargé notamment d’orienter et d’encadrer l’apprentissage.
L’IA peut aussi accompagner les étudiants dans leurs travaux académiques. Mais la qualité des résultats dépend notamment de la manière dont ils formulent leurs demandes à l’outil. C’est ce que le spécialiste appelle l’ingénierie des prompts.
« Si vous savez très bien faire vos prompts, on parle de l’ingénierie de prompts, si vous savez très bien le faire, vous aurez un résultat impeccable », explique-t-il.
Mais cette facilité peut aussi devenir un piège. Pour l’expert Julien Kabuyahia Musavuli, le problème apparaît lorsque l’étudiant utilise l’IA pour faire le travail à sa place.
« L’usage de l’intelligence artificielle devient un problème pour les étudiants lorsqu’on l’utilise comme un substitut », prévient-il.
Le risque est notamment de reprendre directement un contenu généré sans chercher à le comprendre ni à le vérifier. Or, les outils d’IA peuvent produire des informations erronées et même présenter comme réelles des sources qui n’existent pas.
Dans ce contexte, la responsabilité de l’étudiant reste entière. « Le danger survient lorsqu’un étudiant, par exemple, produit un contenu et, sans même avoir eu le temps de le filtrer, sans même avoir eu le temps de le soumettre à la critique, il prend directement le contenu généré et il se l’approprie. Pourtant, l’intelligence artificielle fait souvent des hallucinations. Par exemple, elle peut vous donner des sources qui ne sont pas correctes, des sources qu’elle a elle-même assimilées, et là, vous aurez produit un contenu qui ne respecte pas l’éthique dans la recherche scientifique. Et donc, ici, à part, bien sûr, le fait d’avoir l’intelligence artificielle comme outil, il faut revenir sur les considérations éthiques. Et les considérations éthiques consistent au fait qu’une intelligence artificielle ne remplace pas l’être humain, mais qu’elle est un assistant pour un être humain », rappelle le chercheur.
Cette vigilance est particulièrement importante dans la recherche scientifique. Une réponse fournie par une intelligence artificielle ne constitue pas automatiquement une information fiable. L’étudiant doit vérifier les données, contrôler les références et exercer son esprit critique avant de les intégrer à un travail académique, a-t-il insisté.
Pour mieux encadrer ces pratiques, le technopédagogue estime que l’éthique de l’intelligence artificielle devrait occuper une place plus importante dans la formation universitaire, notamment dans les enseignements consacrés à la recherche scientifique.
« Quand les étudiants ont l’intelligence artificielle, dans le cours de recherche scientifique, les enseignants devraient normalement introduire la notion de l’éthique dans l’usage de l’intelligence artificielle. Et cela permettra de réglementer cet usage. C’est donc que l’éthique sera considérée comme garde-fou pour éviter que nous tombions dans des déviations », a-t-il ajouté, expliquant que l’objectif n’est donc pas d’interdire l’IA aux étudiants, mais de leur apprendre à s’en servir correctement.
Avec la multiplication des outils d’intelligence artificielle dans les universités, le défi est désormais de trouver le bon équilibre, estime-t-il, pour, selon lui, permettre aux étudiants de profiter de ces technologies tout en préservant leur capacité à réfléchir, rechercher, vérifier et produire eux-mêmes.
LeBastion