C’est un cri de détresse qui vient du fin fond de la chefferie de Mabendi, en territoire de Djugu, dans la province de l’Ituri. Pendant que l’aide humanitaire se déploie ailleurs en Ituri, plus de 50 000 âmes de cette entité disent être complètement oubliées par le gouvernement et les ONG depuis 6 ans.
Dans un entretien accordé à la presse ce mardi 15 septembre 2026, le chef de groupement Okere de la chefferie de Mabendi, Pilo Maka Jule, a dressé un tableau sombre et alarmant de la situation.
Pour l’autorité coutumière, l’abandon est total, et ce, dans tous les secteurs de la vie.
« En vérité, la situation dans notre chefferie est préoccupante. Depuis bien avant l’insécurité jusqu’à aujourd’hui, la population souffre énormément. Cela fait 6 ans que nos préoccupations n’ont jamais trouvé de réponse favorable, que ce soit dans le secteur sanitaire, éducatif ou des infrastructures », dénonce le chef Pilo Maka Jule.
Avec ses 8 groupements et plus de 50 000 habitants, Mabendi s’interroge sur son existence même sur la carte administrative du pays.
« Nous demandons au gouvernement provincial et central de jeter un coup d’œil à cette chefferie. Pourquoi sommes-nous abandonnés ? Notre chefferie est-elle réellement comptée parmi celles de la province et de la RDC ? Pourquoi les autorités, notamment nos députés provinciaux et nationaux, ne répondent-elles pas ? Nous sommes oubliés dans tous les domaines », s’indigne-t-il.
Le chef de groupement décrit des conditions de vie inhumaines. L’éducation est un calvaire.
« Aujourd’hui, les enfants étudient dans des bâches, d’autres dans des maisons à haut risque qui peuvent s’écrouler à tout moment, et d’autres encore sont assis sous les arbres. Il n’y a même pas d’hôpital digne de ce nom », alerte-t-il.
Et pendant que la zone de santé de Nizi devient l’épicentre d’Ebola en Ituri, Mabendi est totalement dépourvue de moyens de prévention.
« Pour Ebola, au Centre de Santé de Damas, jusqu’à aujourd’hui, il n’y a aucune mesure pour se protéger. Pas même un thermoflash. Le gouvernement nous a dit de faire la sensibilisation, mais après, on n’a rien reçu. Comment protéger la population ? », s’interroge l’autorité.
La colère est également dirigée vers le Programme de développement local des 145 territoires (PDL-145T). La population attend toujours la construction de l’EP Damas, pourtant financée par le gouvernement central via le BCeCo.
« Nous demandons la construction de l’EP Damas. Le gouvernement a financé sa construction dans le cadre du projet des 145 territoires, mais nous ne voyons rien sur le terrain. Nous voulons savoir qui a détourné cet argent. Nous voulons voir notre école », exige Pilo Maka Jule.
Le chef de groupement lance un appel pressant au gouverneur militaire de l’Ituri, le général-major Gaby Kasongo Mulumba, pour s’impliquer personnellement dans ce dossier.
Selon lui, si les humanitaires sont nombreux en Ituri, leur déploiement à Mabendi doit être facilité par un engagement clair du gouvernement provincial.
Jospin wa Jorkim