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RDC : l’économiste Jo M. Sekimonyo invite à dépasser les chiffres pour repenser l’ordre économique

En République démocratique du Congo, les débats sur l’économie tournent souvent autour du taux de change, de l’inflation, du budget, des investissements ou encore des recettes minières. Mais pour le chercheur Jo M. Sekimonyo, ces indicateurs ne suffisent pas à comprendre les véritables choix économiques d’un pays. Dans une tribune publiée le 15 septembre, l’économiste politique invite à « faire un pas en arrière » pour s’intéresser à ce qui précède les chiffres : l’ordre économique qui organise la production et la répartition des richesses.

Dans sa réflexion, Jo M. Sekimonyo distingue l’économie politique de l’économie. La première s’intéresse, selon lui, aux principes qui déterminent la place de l’État, du marché, de la propriété, du travail, du capital et de la distribution des richesses. La seconde analyse davantage les comportements et les mécanismes qui résultent de cet ordre : prix, consommation, investissement, inflation, salaires ou croissance.

Cette distinction, estime-t-il, est importante pour comprendre la situation congolaise. Le débat public se focalise souvent sur les résultats : combien le pays produit, combien il exporte, quel est son taux de croissance ou encore quelle est la valeur de sa monnaie. Mais derrière ces chiffres se trouvent des choix qui déterminent la manière dont l’économie fonctionne.

Pour le chercheur, il faut donc commencer par poser d’autres questions : qui possède les moyens de production ? Quelle place doit occuper l’État ? Quelle part de la richesse créée doit rester dans le pays ? Quelle place accorder au capital étranger ? Et surtout, quel type d’économie la RDC veut-elle construire ?

Jo M. Sekimonyo remonte également à l’histoire pour expliquer les difficultés actuelles de la RDC. Il considère que la colonisation n’a pas seulement constitué un système politique et territorial. Elle a aussi organisé un modèle économique fondé notamment sur la production, l’exploitation des ressources, le travail, les infrastructures et les circuits commerciaux.

L’indépendance politique, estime-t-il, n’a pas automatiquement entraîné une rupture complète avec cette architecture. Certaines caractéristiques, comme la dépendance aux matières premières, la faible transformation locale et la place importante du capital extérieur, peuvent ainsi continuer à influencer l’économie congolaise.

Cette lecture conduit le chercheur à poser une question de fond. La RDC a-t-elle réellement construit son propre ordre économique depuis l’indépendance ou continue-t-elle, sous différentes formes, à fonctionner avec une architecture largement héritée ?

Les minerais ne suffisent pas à mesurer la transformation économique

La question est particulièrement visible dans le secteur minier. Le cuivre et le cobalt constituent une part importante des exportations congolaises et attirent des investissements considérables. Mais, dans la lecture proposée par Sekimonyo, l’augmentation de la production ou des exportations ne permet pas, à elle seule, de conclure à une transformation profonde de l’économie nationale.

Le véritable enjeu serait de savoir quelle part de la valeur créée reste en RDC, quel niveau de transformation est réalisé localement, qui contrôle les actifs et quelles capacités industrielles sont réellement développées.

Autrement dit, une économie peut afficher des chiffres en progression tout en conservant des fragilités structurelles.

C’est l’un des points centraux de la réflexion du chercheur, un bon indicateur économique ne permet pas nécessairement de savoir si le modèle économique produit des bénéfices durables pour l’ensemble de la nation.

Pour le professeur Jo M. Sekimonyo, cette réflexion doit également changer la manière dont les Congolais abordent les politiques économiques. Avant de discuter d’une taxe, d’un taux d’intérêt, d’une subvention, d’un investissement ou d’un contrat minier, il faudrait d’abord déterminer l’objectif poursuivi et le modèle économique auquel ces mesures doivent contribuer.

L’économie fournit alors les outils permettant de mesurer les effets de ces décisions. L’économie politique, elle, permet de questionner leur finalité et le cadre dans lequel elles s’inscrivent.

Cette approche dépasse donc la seule question des chiffres. Elle pose celle de la souveraineté économique, de la propriété, de la transformation locale et de la capacité d’un État à définir lui-même ses priorités de développement.

La réflexion de Jo M. Sekimonyo intervient alors que la RDC continue de chercher à accroître ses recettes, à attirer les investissements et à mieux valoriser ses ressources naturelles. Elle remet au centre du débat une question plus fondamentale. Au-delà de la croissance et des indicateurs économiques, quel modèle économique la RDC veut-elle réellement construire ?

Samy KITHA D.

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