Les locaux de la Radio Télévision Nyiragongo Musisimuke (RTNM), fermée depuis janvier 2025 après la prise de contrôle de la zone par l’AFC/M23, sont désormais utilisés comme bureau des services de renseignement du groupe armé. Dans une enquête publiée ce jeudi 3 septembre, Reporters sans frontières (RSF) affirme que les anciens studios de cette radio située à Munigi, au nord de Goma, servent également de lieu de détention temporaire pour des civils.
D’après RSF, les locaux sont occupés depuis l’été 2025 par des membres des services de renseignement de l’AFC/M23 chargés notamment de collecter des informations liées à la sécurité du territoire. Les anciens espaces de production de la radio auraient été aménagés en cellules où des civils sont détenus avant leur transfert vers d’autres lieux.
L’organisation dit avoir recueilli les témoignages de quatre personnes, dont deux anciens détenus ayant passé plusieurs jours dans ces locaux. L’un d’eux, présenté sous le prénom de David, affirme avoir été arrêté en septembre 2025, frappé puis détenu durant deux jours dans une pièce transformée en cachot, avant d’être transféré au bureau provincial de l’Agence nationale de renseignement (ANR), connu sous le nom de « Chien Méchant ».
Un autre témoin, Stanley, dit avoir été détenu près d’une semaine au printemps 2026 avec trois autres personnes. Selon son récit rapporté par RSF, il aurait subi des violences lors d’un interrogatoire portant sur ses liens présumés avec les Wazalendo. Il affirme également n’avoir reçu qu’un seul repas par jour durant sa détention.
Cette utilisation des locaux intervient après la fermeture de la RTNM et la confiscation de ses équipements. Selon RSF, la directrice de la radio avait été interpellée et frappée en août 2025 par des membres de l’AFC/M23, avant que les clés des installations ne soient remises à l’administrateur du territoire nommé par le mouvement. Le logo de la radio serait toujours visible à l’entrée de la concession, ce que l’organisation dit avoir confirmé à travers des photographies prises en juillet 2026.
Sollicités par RSF, les porte-parole de l’AFC/M23, Lawrence Kanyuka et Oscar Balinda, n’ont pas répondu aux demandes de réaction. Un responsable adjoint du bureau de renseignement installé dans les locaux, qui se présente sous le nom de Patient, a pour sa part nié les pratiques violentes et déclaré ne pas pouvoir confirmer que la RTNM occupait auparavant cette maison.
Pour RSF, cette affaire illustre une pression plus large exercée sur les médias dans les zones contrôlées par l’AFC/M23. L’organisation rappelle notamment l’interdiction des émissions politiques à Bukavu en août dernier ainsi que plusieurs directives imposées aux médias depuis 2025, dont l’interdiction de relayer certaines informations considérées comme négatives à l’égard du mouvement.
RSF estime ainsi que la transformation des locaux de la RTNM constitue une nouvelle atteinte à la liberté de la presse et témoigne, plus largement, de la dégradation des conditions de travail des journalistes dans les territoires contrôlés par l’AFC/M23. L’organisation appelle à mettre fin aux violences, aux détentions et aux pressions exercées contre les médias et les professionnels de l’information.
LeBastion